mardi, 19 mai 2009

chemins de terre 2009 : les sculptures d'Agnès Debizet à La Sauve Majeure en Gironde

"Le roi des serpents" Une figure de la mythologie romane.
Installation de sculptures d'Agnés Debizet à l'Abbaye de La Sauve Majeure

Du 29 mai au 21 juin 2009

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Agnès Debizet

Il y a des artistes démiurges, Agnès Debizet est de ceux-là. Non qu’elle se prenne pour un dieu, mais parce que chez elle le terme de « créateur » accolé paresseusement à tous ceux qui exercent un art, prend un relief particulier : Agnès Debizet est une créatrice de créatures. Si elle avait eu, comme son glorieux prédécesseur, une semaine pour faire le monde, nous vivrions dans un univers bien différent du nôtre, où nous serions bien en peine de distinguer le végétal de l’animal, l’animal de l’humain. Agnès Debizet est une spécialiste de l’hybride.
Par souci de cohérence, prenons les choses par la racine. Par les racines plus exactement. Celles qu’elle a exposées en 2003 au château de Pierrefonds, ont cette particularité, cette élégance aussi, de ne faire qu’effleurer le sol, en l’occurrence un gazon mêlé de brindilles, où elles étaient justement supposées… prendre racine. En grès blanc, où se diffracte avec douceur la lumière du jour, délicatement posées sur la pointe des pattes, elles feraient penser à des araignées si elles n’étaient dépourvues de têtes menaçantes. Pas de têtes donc, mais à leur sommet un creux formant vasque qui incite le visiteur à y déposer des pensées secrètes, quitte à les voir englouties dans son tourbillon.
Passons au stade animal si tant est qu’il soit possible de faire chez cette artiste de l’histoire naturelle. Un exemple: ces bestioles bombées dont elle a conçu des cohortes exponentielles, de la plus petite à la plus grande. Tortues ? Scarabées ? Ni l’un ni l’autre. Elles tenaient lieu en tout cas de fléchage efficace dans une cour pavée pour indiquer l’entrée d’une exposition personnelle dans un somptueux appartement du Marais, où Agnès Debizet avait installé son bestiaire enchanté, en juin dernier.

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Le visiteur était prié de laisser ses certitudes au vestiaire. Un appartement est un espace domestique s’accommodant mal de présences étrangères surtout lorsqu’elles sont géantes, démembrées, difformes et qu’elles vous regardent de travers. L’oeuvre d’Agnès Debizet est évidemment, pour le dire platement, étrange, mais cette étrangeté ne génère aucune angoisse. Pourquoi ? On serait bien en peine de le dire. Ce mutant grandeur nature, au visage humain et à la silhouette de reptile qui déploie en fines spirales aux coloris subtilement passés, a tout pour engendrer l’effroi et le malaise. C’est l’inverse qui se produit : le monstre nous semble familier et nous sentons, presque malgré nous, une complicité dans le demi-sourire qu’il nous adresse comme si cela était grave, certes, mais finalement pas si sérieux. Lorsqu’on est un peu apprivoisé, il suffit de les approcher, ces totems sombres aux pattes de batraciens qui défient l’équilibre, théories de personnages en habits de jamais vu où la part animale de l’humain le dispute à la part humaine de l’animal, de tourner autour, de les toucher pour qu’ils ne tardent pas à nous faire signe, réveillant en nous des pans entiers de la magie de notre enfance que l’on croyait relégués aux oubliettes.

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Difficile de parler d’influences pour l’œuvre d’Agnès Debizet, tant celle-ci témoigne d’un univers singulier. Tout au plus peut-on signaler quelques parentés, Henry Moore, pour sa science à insuffler de la sensualité dans ses formes massives, Germaine Richier, pour l’inventivité zoologique, Max Ernst pour un humour qui ne désarme jamais, Niki de Saint-Phalle enfin, mais sans les couleurs criardes. Agnès Debizet préfère les teintes mates dont la patine rappelle les fresques de la Renaissance italienne.

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Les Grecs et les Romains aimaient s’entourer de divinités domestiques les protégeant contre les sorts et les mauvais tours. Agnès Debizet est une héritière de cette tradition païenne. C’est une femme au regard vrillant : avec une perspicacité malicieuse elle fait craquer chez ses interlocuteurs le vernis des apparences. Ses créatures lui ressemblent. Elle s’invitent, avec un mutisme qui en dit long, à entamer avec elles un entretien infini, tout en conservant leur mystère.

Article d’Alain Dreyfus pour le dossier notre amie la bête paru dans le n° 77 d’Ateliers d’Art sept/octobre 2008. Crédit photos : Agnés Debizet.

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En voir plus, suivre les lianes agnesdebizet.com

la-sauve-majeure.monuments-nationaux.fr

Commentaires

Je découvre ton blog... bien sympa. Je fais un peu de modelage terre cuite, est ce que je peux te référencier sur le mien de blog ?

Ecrit par : Cole | jeudi, 21 mai 2009

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